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REPORTAGES : Vétos des villes et vétos des champs
Résumé :

REPORTAGES : Vétos des villes et vétos des champs REPORTAGES : Vétos des villes et vétos des champs
Un réportage de Rosine Depoix et Christophe Maizou

Diffusé le 4 Novembre 2006 à 13h35


Bonjour vaches, cochons, chevaux, couvées, bonjour aussi caniche, chat angora et autre petit compagnon à quatre pattes…. C’est en partant du principe de la « mixité »  qu’une équipe de vétérinaires s’est installée en Bourgogne pour traiter tous les animaux, qu’ils vivent à la ferme ou dans un panier douillet.

Dans leur clinique ultra moderne, les patients  et leurs maîtres se suivent mais ne se ressemblent pas : un yorkshire sur la table d’opération,  suivi d’un petit veau ou d’un agneau à vacciner.

Hors des murs de la clinique aussi l’activité bat son plein : une césarienne a faire sur une vache, une jument blessée, un contrôle sanitaire sur des moutons ou à la SPA locale, une séance d’insémination chez un éleveur de chevaux…. Et autant de contacts avec des propriétaires qui souvent deviennent des amis. C’’est toute cette richesse et cette variété qui font de ces vétérinaires, un jour vétos des villes, un jour des vétos des champs , des hommes heureux.

 

Urgence dans une ferme du Charolais. Liberté, une jument de quatre ans vient de se blesser sérieusement en se cognant la jambe.  Elle ne se laisse pas approcher. Guy Chambon, vétérinaire, 43 ans, va devoir improviser et utiliser  les moyens du bord. Il faut tout d’abord l’endormir mais elle est enceinte ce qui complique la situation. Une fois l’animal attaché, les soins peuvent commencer. L’opération de Liberté va durer plus de deux heures et son réveil est plus qu’animé. « On va repasser dans l’après-midi demain pour revoir la jument et lui refaire son pansement. »

 

La clinique vétérinaire installée en Bourgogne appartient à sept associés qui l’ont conçue autour des besoins des animaux et de leurs maîtres. Elle a ouvert il y a peu et le téléphone sonne sans arrêt. Nicolas Roch, 44 ans, Philippe Raquin, 35 ans et Philippe Viard, tous de la même génération sont  à l’écoute. « Nos journées ne sont pas toujours sur le même modèle mais on en a certaines qui sont assez puissantes. On voit les clients dans des conditions où les masques tombent  raconte Guy Chambon On a une communication qui est plus intense à ce moment là ».    

 

Autres « patients » des vétérinaires de la clinique : les pensionnaires du refuge de la Spa. « Ca nous change un petit peu du cadre de la clinique où on a un propriétaire et son animal. Ici on ne s’occupe vraiment que de l’animal ».  A peine Philippe Raquin a-t-il refermé la grille du refuge, qu’il doit partir aussitôt au chevet d’une vache. Dans cette région du Charolais, riche en élevage, c’est surtout en hiver au moment des naissances que l’activité redouble. Philippe Viard a été rappelé auprès d’un veau né il  y a quelques jours. Les frères Chavot se font du souci. Le vétérinaire pratique une transfusion et prescrit des intramusculaires pour son jeune patient. Vétérinaire des villes ou vétérinaires des champs, une visite chasse l’autre et « on jongle entre toutes les espèces. C’est le propre de l’activité en clientèle mixte. On passe de la vache, au chien, au cheval, des fois au hamster en passant par l’oiseau. »

 

Dans la catégorie « petit modèle », il y a Maeva, une femelle Yorkshire de 10 ans qui doit se faire opérer par Guy Chambon, son vétérinaire attitré. Sa maîtresse Maryse a confiance en lui mais ne cache pas son inquiétude. Le vétérinaire essaye d’être le plus rassurant possible autant pour la famille que pour le petit chien « on va enlever les deux petits kystes mammaires. Elle va s’endormir tout de suite, avec l’injection, comme ça elle sera tranquille. » Un petit bisou de Maryse et puis s’en va, un peu émue et nerveuse. « Les gens sont toujours très passionnés par leurs animaux et il y a quand même une relation très importante qui se fait entre le propriétaire et l’animal. On a une grosse responsabilité quand ils nous laissent leurs animaux ».  Et dans la catégorie « gros modèle » il y a le petit veau des frères Chavot, dont l’état de santé a empiré et qui doit subir lui aussi une intervention chirurgicale à quelques blocs du petit chien. « Il a une chance sur cinq de s’en sortir. Il faut qu’il passe le cap des 15 jours ».  Malheureusement, ce petit veau, malgré les efforts de ses propriétaires et du vétérinaire, ne survivra pas.

 

Les parents de Guy Chambon « sont agriculteurs et avaient une ferme dans la région. Je pense que c’est ça qui m’a très nettement orienté vers ce type de métier. J’aime bien cette alternance qu’on peut avoir entre les animaux de ferme, les animaux de rapport et les animaux de compagnie. Je pense que c’est tout à fait complémentaire. C’est ce qui fait l’intérêt du métier pour moi. »  Opérations, vaccinations, soins, prescriptions….. au cabinet vétérinaire, les patients et leurs maîtres se suivent et ne se ressemblent pas. Parfois, un cas plus douloureux….. lorsqu’il s’agit d’abréger les souffrance du compagnon de toute une vie dans la dignité. « Le sentiment de culpabilité est très fort mais il faut rendre au chien ce qu’il nous a apporté et ne pas le laisser souffrir. Nous ne pouvons plus rien pour lui. Nous lui devons bien ça. » déclare le vétérinaire qui laisse le chien ensuite seul avec son maître. « On s’était préparés mais même prêts on accepte difficilement ». « Ce n’est pas simplement une relation avec un animal. La médecine est importante. On découvre des choses, on fait évoluer, on guérit, on aide un patient. Mais, il y a derrière, une relation humaine avec le propriétaire qui est importante. On apporte non seulement une satisfaction, un soulagement à l’animal mais une joie au propriétaire ».  

 

Les vaches, les chevaux et aussi les moutons. Jean-Marie Lagarde, l’aîné des associés de la clinique est venu pour les prises de sang du troupeau, un contrôle sanitaire de routine car les animaux sont suivis de près par leur propriétaire qui sait très bien qu’il peut compter sur le vétérinaire à tout moment. Même satisfaction chez un éleveur de bovins dont l’une des vaches va avoir besoin d’une césarienne. « C’est toujours lui qui donne le conseil. Les relations sont beaucoup plus intimes qu’il y a trente ou quarante ans. Le vétérinaire il venait toujours chemise blanche, cravate… Il se changeait quand il arrivait dans la ferme. Il mettait une tenue de travail quoi. »  Pour ce vêlage exceptionnel, un cas sur 500 environ, propriétaires et vétérinaires travaillent ensemble. Une jolie collaboration pour un petit veau en bonne santé à la satisfaction de tous. « Quand j’étais gamin, raconte Philippe Viard,  je n’imaginais pas ce que c’était que de se lever une nuit comme ça…. C’était le rêve ! Mais le rêve au quotidien, parfois c’est pénible. Au mois de mars, quand on n’a dormi que deux, trois heures, ce n’est pas toujours facile. Mais il y a d’autres choses qui nous tiennent. Mais en tout cas on ne devient pas vétérinaire pour l’argent. En 2005, j’ai déclaré 41.000 euros ».  

 

Henriette est une personnalité de la région.  Tous les vétérinaires de la clinique la connaissent bien et l’apprécient. Henriette est éleveuse de chevaux. Elle a même aménagé son centre spécialisé pour l’insémination des juments dans l’une de ses granges. En période de saillie, les vétérinaires y passent deux fois par jour au moins. « Pour les juments c’est important qu’il y ai un suivi quotidien si on veut avoir un peu de résultats. Dans l’ensemble  reconnaît Henriette, on est satisfaits. » « On se voit une, deux, trois fois par jour….. quand ça commence à être serré. Voire même des fois la nuit s’amuse Philippe Viard. Henriette connaît des choses de ma vie privée que tout le monde ne connaît pas.  On a des conversations qui dépassent le cadre du boulot. Finalement ma vie privée et ma vie professionnelle ont réussi à se réunir . Il faut un conjoint qui ait une certaine ouverture d’esprit et une certaine intelligence de la vie pour comprendre qu’on passe des fois 60, 70 ou dans les gros moments de pointe, 80 heures au boulot dans la semaine. A l’époque des 35 heures on est complètement à contretemps. »

 

A contretemps comme ces instruments d’un autre âge que Monsieur Pornet a gardé dans sa ferme pour les montrer à Nicolas Roch, lors de l’une de ses visites. « Des vieux clystères qui étaient utilisés pour faire des lavements de bovins set de chevaux. Moi je n’ai pas connu ça…. Ca devait être quelque chose. Les vétérinaires devaient travailler plus physiquement mais il y avait moins à se creuser la tête ». « Il y avait plus de mortalité aussi. Les bêtes, on est toujours ennuyé quand il arrive quelque chose. On ne se pose pas de problème. Le chien est malade. On le mène au vétérinaire. Comme la vache est malade…. Presque plus que les gens. On serait enrhumés on va rester deux, trois jours avant d’appeler le médecin. Le vétérinaire on l’appelle dans l’heure qui suit. » Le petit veau né par césarienne quelques jours plus tôt va bien alors tout le monde est content « Moi ce qui m’intéresse c’est que je vois le Pierrot. Je veux que le Pierrot soit content parce que ce que j’ai apporté à sa vache le rend content. Pour lui c’est mieux que la vache s’en tire et que tout aille bien …. »  Chez les Pornet comme chez de nombreux éleveurs, une visite ne se termine jamais sans une petite dégustation des produits de la maison. Un petit avantage en nature que les vétos des villes pourraient envier aux vétos des champs, sauf quand on a la chance d’avoir les deux cordes à son arc.

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