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Tout l'équipe d'Au Field de la nuit se déplace dans un lycée à Reims
| REPORTAGES : Une nuit à l'Hôpital | ||||||||||
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Résumé :
REPORTAGES : Une nuit à l'HôpitalUn reportage de Rosine Depoix Diffusé le 1er Avril 2006 à 13h35 Que se passe-t-il à l’hôpital, la nuit, quand les visites sont terminées, quand les malades se retrouvent seuls ? A l’Hôpital du Mans, après 20 heures, l’équipe de jour passe le relais à l’équipe de nuit, la vie continue, plus ralentie plus feutrée selon les services. Pneumologie, orthopédie, maternité, gériatrie…. Chaque unité a son rythme selon les patients, leurs pathologies. Médecins chefs, infirmières, aides-soignantes sont aux petits soins pour leurs malades, une écoute et une attention précieuses dans les moments d’angoisse ou de cafard. Peur de ne pas être à la hauteur pour les jeunes mamans, peur de ne pas trouver le sommeil pour les « longs séjours », détresse de patients en fin de vie… la nuit, le personnel soignant peut donner plus de temps et de douceur. Une nuit à l’hôpital ce sont aussi les urgences : accidents de la route, alcool, détresse, besoin de parler… et puis bien sûr les bébés qui n’ont pas d’heure pour venir au monde.
19 heures, la nuit va tomber sur l’hôpital. Au deuxième étage de la maternité, Pascal et Véronique sont en contemplation devant Chloé, leur petite fille née il y a à peine deux jours. Deuxième étage, unité un de pneumologie. Benjamin 25 ans, grand sportif, entraîneur d’un club de football, séjourne régulièrement dans ce service depuis la découverte de sa maladie. 4ème étage, service d’orthopédie : Frédéric, 31 ans, s’est fracturé le bassin et cassé le bras lors d’un accident de moto il y a un mois. 2ème étage, Unité deux de pneumologie, chambre 210. Patrice, 50 ans, est hospitalisé depuis trois semaines. L’hôpital du Mans c’est comme une petite ville qui peut accueillir jusqu’à 1700 malades. 135 personnes y sont hospitalisées tous les jours.
20 heures, les visites se terminent, les familles doivent quitter l’hôpital. La maman de Frédéric s’inquiète pour son fils « chaque fois, il ne me dit rien. J’ai l’impression qu’il a le cafard ». Marlène jeune maman appelle comme chaque soir la maison pour avoir des nouvelles de toute la famille « le jour ça bouge. On voit du monde. Là il n’y a plus personne, ça fait un petit peu peur….. c’est un peu tout vide. » C’est aussi l’heure où Fabienne, la surveillante générale arrive. Tout le monde la connaît. Entre le jour et la nuit, l’hôpital passe de deux mille à deux cents personnes. Fabienne est un peu le capitaine de ce grand paquebot « je suis responsable de l’ensemble des équipes de nuit entre 20 heures 30 et 6 heures 30. »
La nuit ce sont principalement des femmes, infirmières ou aides-soignantes que l’on croise dans l’hôpital. Entre les absences, les vacances et les RTT, l’organisation est souvent un casse-tête et les affectations sont souvent décidées le soir même. Malika, aide-soignante en pneumologie vient dire bonsoir à ses patients « c’est important le contact du début de nuit. C’est important de savoir que nous sommes là. Et aussi qu’ils soient bien « conditionnés » pour le sommeil. (…/…) Si j’étais de l’autre côté de la barrière j’aimerais aussi avoir de la chaleur ». Benjamin se laisse « chouchouter » « quand on malade comme ça, c’est agréable qu’on s’occupe bien de nous, avant de se coucher. On a l’impression de retourner comme les petits enfants, retourner en enfance. » « Je pense que la nuit ils sont un peu plus angoissés. Donc il faut qu’on soit plus présentes, je le ressens comme ça » dit Sylvie. Pour Benjamin « la nuit commence quand le personnel de nuit arrive. On voit vraiment la différence dans les couloirs…. C’est moins rempli. J’ai tendance à vouloir laisser la porte ouverte. C’est peut-être de l’anxiété, quelque chose comme ça. » Frédéric lui, préfère fermer la porte de sa chambre. « Le cafard, il monte vite, là on est vraiment tout seul. Je pense à l’accident, à ma famille, à mes enfants…. Tout ce qui me manque, que j’ai pas là. Je pourrais être avec eux à la place d’être ici. (…/…) La journée, comme on fait rien on dort. Arrivé la nuit c’est l à qu’on reste éveillé., c’est le plus dur ».
21 heures 15. L’activité se ralentit. Les aides-soignantes font une petite ronde entre deux biberons et s’assurent de la bonne fermeture des portes « comme elles ne ferment pas bien, on est obligées de mettre de chaises pour éviter que les gens rentrent. … On se retrouve la nuit avec des gens qui se baladent ». Franck , 28 ans, est le seul agent de sécurité de l’hôpital. Il y travaille depuis deux ans. Chaque nuit il arpente les couloirs. Depuis quelques années, l’hôpital n’est plus un sanctuaire : vols, violences, SDF font partie du quotidien de la nuit. Au 5ème étage, Franck appelé par une infirmière, repousse un SDF dépressif qui veut rester à l’hôpital. Appelé à la rescousse, Jacques Chouckroun, médecin chef des urgences, est le seul à pouvoir le faire admettre dans le service psychiatrie. L’homme est sûr d’avoir rendez-vous avec lui.
Dans chaque service la passation de pouvoir entre l’équipe de jour et l’équipe de nuit est un moment primordial. Comme toutes les nuits dans les hôpitaux c’est aux urgences que l’activité est la plus intense. Pompiers et ambulances se succèdent. Véritables urgences et appels au secours sont pris en charge par une équipe d’une vingtaine de personnes dont deux médecins chefs assistés de trois internes. Parfois, ceux arrivés en fin d’après-midi sont encore là. Le médecin chef devra faire ce que l’on appelle le tri « faire la différence entre ce qui doit être pris tout de suite et ce qui doit, ce qui pourra attendre un petit peu parce que c’est moins urgent. »
23 heures, retour en gériatrie. Catherine est infirmière de nuit. Elle est responsable de 160 personnes âgées, dans trois bâtiments différents. Il se passe toujours quelque chose dans ce service. Dans chaque unité, deux aides-soignantes veillent sur ces patients qui ont un grand besoin d’attentions. Catherine arpente les couloirs une lampe de poche à la main pour respecter le sommeil de ses malades. « j’aime travailler la nuit. Il y a une très grande solidarité au niveau des équipes soignantes. » Quelque soit le temps d’hospitalisation, une nuit à l’hôpital paraît toujours très long « le temps est long à l’hôpital. C’est pas son lit, c’est pas ses draps. Dans la journée on voit les gens qu’on aime. On ne se sent pas totalement seul. La nuit il n’y a personne avec. Il y a le personnel mais on va pas les appeler pour discuter et boire le café. Ils sont là pour travailler. »
Ce n’est pas la différence de salaire jour et nuit qui justifie le choix du personnel : 1700 euros contre 1560 le jour mais plutôt la relation avec le malade « on est certainement plus proche de certains patients, les gens en fin de vie. On a plus le temps d’être avec eux. » Le service des personnes âgées est particulièrement lourd tout au long de la nuit. La solitude est tout aussi pesante que l’on soit seul dans sa chambre ou qu’on la partage avec un autre malade. Sans compter les problèmes entre les couche-tôt et les insomniaques. « Le soir l’angoisse arrive. C’est la peur de la nuit, c’est la peur de la maladie, c’est la peur de mourir. Les personnes hospitalisées amènent avec elles tous leurs problèmes qu’ils ruminent. Dans le travail de nuit, c’est très important de pouvoir apaiser et rassurer ».
3 heures du matin. Un homme vient d’arriver aux urgences et a besoin d’un lit. « On accueille de plus en plus de personnes alcooliques et la nuit, c’est vrai, c’est une préoccupation croissante. On en arrive même presque à compter les personnes qui arrivent non alcoolisées. Les accidents c’est soit l’alcool, soit la vitesse. » Il y a aussi les habitués de la nuit comme cet homme qui vient souvent aux urgences depuis la mort de sa femme et de sa fille. Il connaît tout le monde et peut montrer sa détresse. « Il y a un monsieur qu’on a reçu très régulièrement pendant des mois. Il était en grande souffrance psychologique en grande détresse et qui venait nous voir pour échanger avec nous, pour discuter, parce qu’il avait besoin de présence. Et un jour on a appris que ce monsieur s’était suicidé et ça a vraiment choqué l’ensemble de l’équipe. Il ne venait que la nuit. »
Pour Patrice, la nuit« ce n’est pas toujours facile. La télévision je m’en foutais. J’ai perdu le temps, l’orientation et tout. J’étais arrivé à me foutre de tout. Faut se soigner comme ils disent. Il y a des médicaments, il n’y a pas que la mort comme ils disent » Cette nuit pourtant c’est un peu la fête, on fête les 50 ans de Brigitte aide-soignante. Fabienne« J’ai une préférence pour les nuits, pour l’ambiance. J’ai beaucoup de mal à me résoudre à ne faire que les jours. Je le fais par nécessité physique mais par goût je préfère faire l’alternance jour nuit. » 7 heures du matin, l’équipe de nuit, après dix heures de travail, cède la place à celle de jour. |
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