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| REPORTAGES : Maman SOS, ma deuxième maman | ||||||||||
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Résumé :
REPORTAGES : Maman SOS, ma deuxième mamanUn reportage de Marie-Dominique Robin et Arnaud Mansir Diffusé le 3 décembre 2005 à 13h35 Créée en 1946, l’Association Sos Villages d’Enfants compte treize centres d’accueil en France. Dans tous ces villages, les frères et les sœurs d’une même famille vivent ensemble dans une maison, sous la tutelle d’une Maman Sos. Jacqueline, Josette et Patricia ont fait le choix de devenir mamans SOS. Dans le village d’enfants de Marseille, créé en 1972, elles élèvent des frères et des sœurs placés dans ces maisons par la justice. Pour se consacrer à plein temps à ces enfants en souffrance, elle ont mis leur vie privée entre parenthèses et ne regrettent rien. Plus qu’un métier c’est une vocation : leur redonner confiance, aider ces enfants, parfois très jeunes, à grandir loin des déchirements familiaux. Leur offrir l’équilibre et la tranquillité, leur apprendre à vivre ensemble… leur mission est souvent difficile, le sourire et la paix retrouvés sont leurs récompenses.
Jacqueline a 45 ans. Pendant vingt ans elle a travaillé comme assistante maternelle. En décembre 2004, elle s’est installée avec sa fille Fanny dans une maison de l’Association Sos Villages d’Enfants à Marseille.. « Ca se passe comme dans une maison tout à fait normale. Je vis ici 24 heures sur 24, avec un repos environ toutes les trois semaines. Je m’occupe de deux fratries : une sœur, un frère et deux sœurs. » Avant de vivre avec Jacqueline, Alexandra, 11 ans et sa petite sœur Charline étaient en foyer « elle est très gentille. Je la considère un peu comme ma deuxième Maman parce que ma Maman je ne la vois pas souvent… » « C’est dur pour les enfants. Moi, je leur explique que je suis une Maman mais que je ne prends pas la place de leur Maman. Je suis là pour les aider, les écouter, les rendre autonomes. Pour soigner les bobos du cœur surtout… parce qu’ils en ont beaucoup. »
L’Association Sos Villages d’Enfants compte treize centres d’accueil en France. Sa mission : la prise en charge d’enfants que la justice a décidé de placer pour une longue durée, en raison de graves difficultés familiales. Avec une spécialité : l’accueil de fratries. Dans tous les villages, les frères et les sœurs d’une même famille vivent ensemble dans une maison, sous la tutelle d’une Maman Sos. Josette est mère Sos depuis Août 2004. Avant elle travaillait comme éducatrice dans un foyer d’adolescents. Aujourd’hui, elle s’occupe de deux fratries : six enfants de deux à huit ans. « Ce qui est fort dans ce travail auprès d’enfants en village, c’est le travail des fratries. Là on a la chance d’avoir cette richesse des liens qui sont conservés et ça se sent dans tous les moments qu’ils partagent ensemble et c’est des moments forts. (…/…) Je crois que même si on se prépare, parce qu’on a envie de faire ce choix professionnel de mère Sos, je crois, avec le recul d’éducatrice qu’on peut pas s’imaginer la charge de travail qu’il peut y avoir. C’est un métier mais il faut la vocation aussi sinon on tient pas. » Indépendamment de son salaire, chaque mère dispose d’un budget mensuel de 1500 euros pour couvrir les frais de la maison, dont la moitié pour la nourriture.
Depuis sa création en 1972, le village de Marseille accueilli près de 300 enfants. 43 personnes travaillent dans le centre, dont quinze mères Sos et onze aides familiales qui les remplacent quand elles partent en vacances. D’après leur contrat de travail, les mères Sos sont censées accompagner les enfants jusqu’à leur majorité. Ancienne Infirmière, Patricia s’est installée dans cette maison, il y a 14 ans, avec six frères et sœurs qui ont grandi à ses côtés. Ils l’appellent Maman mais « celui qui a mis le plus de temps à m’appeler Maman se souvient Patricia, c’est Ludovic. » Ils ont peu de contact avec leur mère biologique. Ludovic a rencontré son père pour la première fois l’été dernier « c’est très important pour moi. Gladys et Alexandra ne l’ont encore jamais vu à part en photo » En devenant Maman Sos, Josette, célibataire, a fait une croix sur sa vie privée. Son travail l’occupe jour et nuit. « Quand ils sont arrivés, ils avaient des angoisses, des cauchemars deux ou trois fois par nuit. Il a fallu qu’ils se posent, qu’ils se rassurent. Ils dormaient la lumière allumée. Etre dans une pièce seuls, ils ne pouvaient pas. Il fallait que je sois dans la même pièce. »
Gladys, 20 ans prépare un Bac professionnel pour devenir aide puéricultrice. « Mes parents … Je leur en voulais même si c’était pas de leur faute. Que mon père soit parti quand j’avais que 7 mois… je leur en voulais mais bon, maintenant, je me dis : il y a Patricia. Elle m’a donné tout l’amour nécessaire, il faut que je grandisse avec ça. Les enfants… j’en veux cinq ! Avec mes enfants je saurais être une mère…. Toujours être auprès d’eux et les voir grandir ». Alexandra, sa sœur, s’est installée dans un appartement mis à la disposition des jeunes majeurs, après son Bac. Inscrite en BTS de secrétariat, elle a craqué. « J’ai vécu ici pendant un an et demi à peu près avant de retourner au village d’enfants parce que j’avais fait une dépression… donc j’avais besoin d’être entourée. Au début je me pensais être assez forte pour vivre ici et puis j’ai fait une dépression. Ce qui prouve bien que j’étais pas encore prête et que j’avais encore besoin de mes frères et sœurs et d’un milieu familial. Je me suis fait soigner, là ça va mieux. J’ai peur de l’échec. Le village c’est un cocon. On est surprotégés et c’est vrai que quand on sort avec les autres on se rend compte qu’on a des pièces manquantes au puzzle. J’avoue que j’ai très peur de grandir. »
Alexandra atteindra bientôt l’âge limite fixé à 21 ans. Les professionnels du village font le point sur sa situation. Un moment douloureux pour Patricia, sa mère Sos depuis 15 ans. « Je ne le vis pas comme un échec. C’est le souci du devenir d’Alexandra. » Dans sa maison, Josette essaye de rassurer ses « plus petits » inquiets avant la visite hebdomadaire de leurs parents en présence d’un éducateur. Les parents aimeraient bien qu’ils reviennent à la maison « il n’y a pas de lumière à la maison quand les enfants ne sont pas là. On souffre beaucoup. Mais je n’ai pas de travail, ma femme n’a pas de travail…. C’est pour ça qu’ils ont placé les enfants. »
« S’ils nous font confiance, le placement est mieux réussi. J’ai le cas d’enfants qui sont retournés dans leur famille. J’ai toujours été frappée par la confiance que me font ces jeunes mamans qui, après le retour de leurs enfants chez eux, continuent à me téléphoner. Le lien n’est pas rompu et surtout les enfants ne sont pas déchirés entre deux familles ou une famille et le placement plus exactement et chacun retrouve un équilibre » témoigne une maman Sos lors de la réunion mensuelle des professionnels du Village. Chez Patricia c’est un beau jour, Michaël, le plus jeune de la fratrie a décidé de se faire baptiser et s’est choisi un parrain. Il l’a connu en Savoie lors d’un séjour dans un gîte d’enfants. Il a « élu » Annie comme marraine, l’aide familiale qui remplace Patricia lorsqu’elle part en congé. Patricia a invité tout le monde dans un restaurant marseillais…. Et Gladys soulève le sujet qui fâche : le mariage de Patricia. Gladys est contre. « C’est très bizarre confie Patricia. Petits je crois qu’ils auraient bien voulu qu’un homme vienne à la maison et maintenant, au bout de 14 ans, ils ne veulent plus en entendre parler. Ils ne veulent pas du tout me partager….
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